Chaque fin de journée et chaque fin de semaine, depuis plus d’un mois, je vais à la rencontre des habitants de
« mon » canton. J’écris mon entre guillemets car un canton n’appartient à personne si ce n’est à ses habitants, mais y vivre, le parcourir ainsi que je le fais depuis toutes ces
dernières semaines me donne une sensation d’intimité avec cette zone géographique dénommée « canton de Saint Martin ».
Heureusement je suis une passionnée de randonnée, je suis donc endurante ! Et il faut l’être pour garder son énergie
intacte, pour aller ainsi frapper à toutes les portes… Je suis volontaire, tenace et surtout j’apprécie particulièrement d’aller à la rencontre des autres.
Je reviens d'une journée de « porte à porte » ; une journée durant laquelle j’ai
reçu un accueil chaleureux de la grande majorité de celles et ceux avec qui j’ai pu échanger quelques instants, celles et ceux auprès de qui je me suis présentée ; la moindre des choses
lorsque l’on est candidat à une élection.
En voici quelques extraits…
La première porte me fait face, je toque. Une femme m’ouvre, je me présente, elle me dit être l’aide-ménagère de la vieille
dame qui habite cet appartement, je lui donne ma carte, nous discutons une minute puis je la salue et vais frapper à la porte voisine… Et puis, la porte se rouvre et la vieille dame sort sur le
palier, elle voulait me voir et me parler. Elle me dit ce qu’elle pense du Président de la République, m’affirme qu’elle n’a jamais manqué un vote, manifestement elle est de gauche. « Vous
savez, Mademoiselle, demain c’est mon anniversaire, j’aurais 95 ans, et je vais vous dire, les 9 et 16 mars prochains, eh bien, je voterai pour vous !
Ensuite, après un petit passage à vide au milieu des interphones silencieux, tout à coup, un monsieur me dit, la voix
décidée : « Vous êtes socialiste, je suis content de faire votre connaissance. J’espère que la gauche va remporter ces élections, pour montrer au gouvernement notre mécontentement… Et c’est
un ancien gaulliste qui vous parle. »
Puis un homme nous ouvre sa porte, torse nu. Il nous invite à prendre l’apéro. C’est un ancien de l’hôpital, rapatrié
d’Afrique du Nord, il en a long à dire, il n’est pas vraiment de gauche. Ça lui plait bien que je passe dans les maisons, comme ça, à l’heure de
l’apéro.
Il y a aussi cette grande et belle maison qui n’a pas de vis-à-vis, sauf le Canigou, avec une dame très aimable qui prend ma
carte. Mais, quand je dis « socialiste », je vois passer dans ses yeux une ombre qui me fait penser qu’elle ne se laissera pas facilement convaincre...
Une des plus belles surprises de ce porte à porte, c’est chez une dame qui… passe l’aspirateur ! Je lui dis que je ne
veux pas la déranger, que je lui donne juste ma carte. Pendant ce temps, elle cherche désespérément le bouton de l’aspirateur pour l’éteindre, en s’emmêlant dans les fils. Quand l’aspirateur
s’arrête enfin, elle me lance un large sourire, elle appelle sa fille « Viens vite voir qui est là ! ». Sa fille a dix-sept ans, elle est en terminale au Lycée Arago, l’une des
meneuses de la grève en décembre. Nous discutons, elle veut faire Science Po, elle a gardé tous mes tracts, y compris celui annonçant le porte-à-porte et elle n’avait qu’une peur : ne
pas être là quand je passerai !
Et aussi ces appartements où, lorsque je rentre, l’odeur de cuisine me chatouille les narines, où il fait chaud, où des visages
souriants me font face… C’est si revigorant quand il fait froid dehors… Pour un peu on se laisserait bien inviter à dîner… Mais non, « je ne veux pas déranger et puis, j’ai d’autres
gens à aller saluer ce soir, mais merci, oui, merci de votre accueil, qui me réchauffe le coeur et me donne encore plus d'énergie… »